Une vaste opération de forage sous-marin pourrait améliorer la compréhension de l’histoire naturelle de la région au cours des 500 000 dernières année

02.02.2011 | Isabel Kershner | The New York Times

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A 8 kilomètres du rivage, une équipe internationale de scientifiques fore sous la mer Morte pour recueillir des données sur les changements climatiques et les séismes survenus au cours des 500 000 dernières années. Les premières découvertes de ce projet, qui doit s’étendre sur quarante jours, dépassent toutes les espérances : les scientifiques ne s’attendaient pas à extraire un débris de bois vieux de 400 000 ans, ni à mettre au jour une couche de graviers de seulement 50 000 à 100 000 ans. Cette dernière découverte tend à prouver que le centre de la mer Morte – qui est en réalité un grand lac salé – était autrefois un rivage et que le niveau de l’eau s’est élevé naturellement.

“Nous savions que le niveau du lac avait beaucoup varié”, remarque le Pr Zvi Ben-Avraham, un expert de premier plan de la mer Morte, “mais pas qu’il était descendu si bas.” Membre de l’Académie israélienne des sciences et lettres et directeur du centre de recherche sur la mer Morte Minerva de l’université de Tel-Aviv, le Pr Ben Avraham s’est battu pendant dix ans pour faire aboutir ce projet. Son idée était de creuser sous la mer pour extraire une carotte géologique qui, une fois analysée, pourrait fournir des informations d’utilité mondiale sur les processus naturels et les changements environnementaux.

La mer Morte occupe le plus grand bassin du monde. Les scientifiques ont choisi d’effectuer les forages dans la zone centrale, car ils pensent que les sédiments qui s’y sont accumulés sont toujours restés sous l’eau et que, n’ayant jamais été exposés à l’air, ils sont donc mieux préservés.

Plus d'information sur Dead Sea Deep Drilling ProjectLa composition spéciale de l’eau de la mer Morte présente en outre des possibilités uniques pour la recherche. Les substances minérales qu’elle renferme permettent de faire des datations beaucoup plus reculées dans le temps que la méthode utilisant le radiocarbone et elles offrent ainsi aux scientifiques des indications inédites sur l’histoire des forces naturelles de la région. Le Programme international de forage scientifique continental (ICDP), qui est installé en Allemagne et représente la seule organisation au monde capable de superviser une telle opération, a fini par accepter de financer ce projet de 2,5 millions de dollars [1,8 million d’euros] en collaboration avec l’Académie israélienne des sciences et lettres.

L’opération, dirigée par des Israéliens, fait appel à 40 scientifiques originaires d’Israël, d’Allemagne, de Suisse, de Norvège, du Japon et des Etats-Unis. Le Pr Ben-Avraham et son chef de projet, Michael Lazar, qui enseigne la géophysique marine à l’université de Haïfa, soulignent qu’ils collaborent avec des scientifiques jordaniens et palestiniens, car la mer Morte est bordée par Israël, mais aussi par la Jordanie et la Cisjordanie. Avec son dénivelé de 425 mètres au-dessous du niveau de la mer et sa profondeur de 380 mètres, la mer Morte offre un environnement unique pour la recherche et pourrait contribuer à améliorer la compréhension de l’évolution culturelle de l’homme.

Le premier puits, achevé en décembre 2010, atteint 450 mètres de profondeur. Avant d’entamer le second, les scientifiques enregistreront les données et enverront des tubes emplis de fragments de sédiments à l’université de Brême, en Allemagne, pour les y faire analyser. Uli Harms, le secrétaire exécutif du Programme international de forage, pense que le forage a percé le sédiment de quatre âges glaciaires. “C’est mon hypothèse”, précise-t-il en ajoutant qu’elle sera vérifiée en laboratoire. “Nous sommes en train de faire l’Histoire”, s’enorgueillit le responsable des opérations maritimes, Gideon Amit, de l’Institut national d’océanographie (NIO). Selon Michael Lazar, l’alternance de couches de sel et de boue qui a été mise en évidence témoigne d’une succession de périodes sèches et humides. Il conserve précieusement un débris de bois qui a été découvert dans de la boue et qui provient sans doute d’un arbre charrié par les flots lors d’une inondation.

La présence de gravier similaire à celui que l’on trouve aujourd’hui sur les côtes de la péninsule du Sinaï donne à penser que les eaux de la mer Morte étaient jadis beaucoup plus basses qu’on ne le croyait jusqu’ici. Cette découverte donne aux scientifiques des raisons d’espérer que la baisse actuelle des eaux, due à l’activité humaine, ne soit que passagère, puisque le lac a connu dans le passé des niveaux encore plus bas que celui d’aujourd’hui.

MER MORTE Le projet de forage

Prévu sur quarante jours, le projet de forage sous la mer Morte est un défi logistique. Les scientifiques travaillent sur une plate-forme par tranches de douze heures. Ils y sont déposés à l’aube ou au coucher du soleil par l’unique bateau qui fait la navette et qui, en raison de la forte concentration de sel dans l’eau, exige un entretien constant.
Récemment, les scientifiques ont annoncé qu’ils avaient enregistré une température de 104 °C à 395 mètres de profondeur. Ce chiffre                         

beaucoup plus élevé que prévu leur a ouvert des perspectives. Il devenait possible d’envisager la présence d’une activité volcanique sur le site supposé de Sodome et Gomorrhe, les villes de la Bible décrites dans la Genèse comme ayant été détruites par le soufre et le feu à cause de leurs péchés. Mais cette thèse a été infirmée par un relevé ultérieur qui a fait apparaître une température inférieure plus proche du niveau anticipé.

Source : http://www.courrierinternational.com/article/2011/02/02/la-mer-morte-revele-ses-secrets 
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