Nucléaire : un laboratoire à 500 mètres sous terre

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# 12/10/2008 à 13:29 Avec le Figaro news (site web)
Nucléaire : un laboratoire à 500 mètres sous terre
De notre envoyée spéciale à Bure (Meuse), Anne Jouan
09/10/2008 | Mise à jour : 20:25 | Commentaires 4

Installée à Bure depuis la fin des années 1990, l 'Andra poursuit le creusement de galeries destinées à étudier l'impact du stockage de déchets radioactifs. Crédits photo : AFP
Dans un petit village lorrain, l'Andra étudie la faisabilité d'un centre de stockage souterrain de déchets radioactifs.

Aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, au milieu de rien ou presque, les éoliennes poussent un peu partout. «Franchement, tu aimerais toi, en avoir une au fond de ton jardin ? Ça fait tellement de bruit et en plus, ça clignote la nuit…», lance le premier. «Sans compter tout le bazar des fils souterrains pour les relier entre elles», rétorque le second. Dialogue très sérieux entre deux salariés de l'Agence pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) chargée de la gestion des déchets radioactifs produits en France. Pour eux, c'est simple : les éoliennes non, les déchets nucléaires oui !

Pour descendre au fond du «trou», comme on dit ici, l'équipement est de rigueur : bottes en caoutchouc, blouse blanche, gilet fluorescent, casque de chantier. Sans oublier la boîte et le masque à oxygène en cas d'incendie dans le tunnel ainsi que le détecteur de mouvement qui se met à sonner en cas d'immobilité de plus de 20 secondes. L'ascenseur, véritable cage pour claustrophobes, met huit longues minutes à descendre. En bas, les techniciens s'affairent huit heures par jour, par 24 °C, sans remonter à la surface. Les parois des galeries sont grises, de la couleur de la roche (l'argilite) qu'ils creusent sans faiblir pour respecter le calendrier législatif.

La loi Bataille de 1991 sur la gestion des déchets radioactifs posait à l'Andra la question suivante : «un stockage sûr et réversible est-il faisable en Meuse et Haute-Marne dans la couche argileuse ?» Fin 2005, l'agence répond par l'affirmative. Avec la loi de 2006, c'est à une autre question qu'elle doit s'atteler : «où et comment construire et exploiter un tel stockage ?» Si le lieu exact du futur site n'est pas encore défini, une «zone de transposition» de 250 km² autour du laboratoire a déjà été définie. Les dossiers de reconnaissance doivent être remis au gouvernement avant 2013, date à laquelle ce dernier choisira, après un débat public, l'emplacement définitif, parmi un choix de plusieurs sites dans la région.

En attendant, au fond du trou, les ouvriers, avec leurs casques antibruit vissés sur le crâne s'activent. Depuis la fin des années 1990, l'Andra est implantée à Bure, petit village meusien de 80 habitants. Dans son laboratoire expérimental situé à 500 mètres sous terre, elle étudie la faisabilité d'un stockage géologique profond, en formation argileuse, des déchets de haute activité et à vie longue (HAVL), les plus virulents (voir encadré). À l'heure actuelle, ils sont vitrifiés et enfermés dans des conteneurs en acier et entreposés temporairement dans des puits bétonnés, sur le site de l'usine de retraitement de la Hague (Cotentin).


Imperméabilité de l'argile

Dans une vingtaine d'années, ces blocs de verre - appelés «colis» -, seront placés dans des conteneurs en acier eux-mêmes disposés à 500 m sous terre, dans des alvéoles constituées de matériaux choisis pour leur résistance et leur étanchéité. Le pire scénario serait que des conteneurs se corrodent, ce qui est certes envisageable, mais au bout de milliers d'années, et que de l'eau arrive au contact des blocs de verre contenant les radioéléments. Mais pour l'instant et jusqu'en 2015 - date à laquelle la demande d'autorisation du site de stockage sera instruite, la mise en exploitation d'un futur centre de stockage n'intervenant au mieux qu'en 2025 -, les déchets nucléaires en France ne sont pas enfouis, y compris à Bure.

Au fond de ce qui ressemble à une mine argileuse, l'Andra a entamé neuf nouveaux programmes d'étude dont une expérimentation souterraine qui étudie les phénomènes géologiques. Elle passera de l'échelle du forage (à savoir une dizaine de centimètres de diamètre) à celle d'une alvéole de stockage (un mètre de diamètre) dans le but de procéder à des essais en grandeur réelle. Les scientifiques veulent recueillir des données précises sur le comportement de la roche au contact des radio-éléments.

Depuis un an, à Tréveray, (Meuse), l'Andra a réalisé 14 nouveaux forages afin de compléter la connaissance de la zone de transposition de 250 km² dont les caractéristiques géologiques sont semblables à celles observées dans le laboratoire souterrain. L'Agence compte ainsi proposer une zone restreinte, d'environ 30 km² où pourrait être implanté le futur site de stockage.

À Bure, les scientifiques de l'Andra en sont persuadés : seules des décisions politiques peuvent retarder le calendrier. Car leurs arguments en faveur d'un stockage souterrain sont rodés : parfaite imperméabilité de l'argile (l'eau met plus de 300 000 ans pour parcourir un mètre !), très faible teneur en eau du sol, failles géologiques plus que millénaires et absence de séisme depuis les périodes de sismicité historique.

» Le site expérimental de Bure, attraction touristique locale

# 12/10/2008 à 15:32 P.Régnier
Un commentaire a été déposé sur l'article du Figaro par moi-même. Il indique un lien vers ces deux sujets
http://albert-nodon.e-monsite.com/forum-lire-116552.html

http://albert-nodon.e-monsite.com/forum-lire-112750.html
Pensant ainsi contribuer à faire avancer la Science pour la collectivité
# 26/10/2008 à 16:04 avec lesoir.be (site web)
Comment gérer les déchets radioactifs ? CHRISTIAN DU BRULLE

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lundi 20 octobre 2008, 09:38

PAR 490 MÈTRES DE FOND, les géologues testent la roche susceptible d'accueillir des déchets nucléaires très actifs.

On en a pour huit minutes de descente ! » Dans le sous-sol de la commune de Bure, au sud du département de la Meuse, l'Andra, l'Agence nationale française pour la gestion des déchets radioactifs, explore depuis une douzaine d'années les possibilités d'enfouissement à long terme des déchets nucléaires à haute activité. « Depuis 1994, l'Andra cherchait le meilleur site où installer son labo grandeur nature, explique Marc-Antoine Martin, géologue. En 1998, le choix s'est porté sur Bure. »

Six ans plus tard, le premier puits de 490 m était creusé. L'exploration in situ du sous-sol et l'évaluation de la qualité de la couche argileuse (argile callovo-oxfordien) envisagée pour accueillir des tonnes de matériaux de leur longue et haute radioactivité démarraient. « Nous testons ici, en conditions réelles, la résistance de la roche à la température, au forage de galeries qui réduisent la pression locale, aux mouvements du terrain. Nous évaluons aussi sa perméabilité. À 500 m de fond, la couche d'argile épaisse d'une centaine de mètres ne se comporte pas comme celle en surface. À cette profondeur, nous enregistrons une pression dans la roche de l'ordre de 125 bars (125 fois plus qu'en surface). »

Stocker dans cette couche ?
Or, cette roche reste poreuse et humide (40 litres par m3), mais différemment que l'argile qu'on ramasse sur les berges d'une rivière par exemple. « Nos travaux montrent que la diffusion de l'eau en son sein est lente, très lente : de l'ordre du mètre par 100.000 ans. » Résultat qui conforte les projets de l'Andra à long terme : stocker dans cette couche géologique les 3 % de déchets nucléaires par an produits en France présentant une haute radioactivité et ce pour des centaines de milliers d'années. Le faible taux de migration de l'eau dans la roche garantit une sécurité pour les populations en surface, même en cas de fuites.

On débouche dans un réseau de galeries poussiéreuses. « On pourrait forer en injectant de l'eau, précise notre guide. Mais cela modifierait considérablement les propriétés de la roche que nous étudions. »

L'Andra partage ses recherches et interrogations avec les experts étrangers, dont belges, qui, ce mercredi 22 octobre, à Luxembourg, font le point sur les études menées notamment ici et sur les enjeux socio-économiques et politiques de la gestion des déchets nucléaires.

À Bure, la visite touche à sa fin. Dans le labo souterrain, aucun déchet nucléaire ne sera jamais stocké. « Les puits d'accès n'ont pas été dimensionnés dans ce sens, conclut notre guide. Si nos travaux se montrent satisfaisants, le véritable site de stockage sera creusé ailleurs dans la région, dans un périmètre de 250 km2. » Les premiers conteneurs de déchets, eux, commenceraient à arriver vers 2025
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